Assurance maritime au détroit d’Ormuz : pourquoi les primes de risque de guerre s’envolent

Assurance maritime détroit d'Ormuz prime risque de guerre

L’assurance maritime au détroit d’Ormuz est devenue, en 2026, l’un des sujets les plus sensibles du transport international. Les assureurs bloquent aujourd’hui davantage ce bras de mer stratégique — par lequel transite une part majeure du commerce mondial d’hydrocarbures — que la marine iranienne elle-même. Décryptage d’une crise qui redéfinit les règles du jeu pour tous les armateurs.

Depuis les frappes du 28 février 2026, un marché sous tension

Tout bascule après les frappes américano-israéliennes contre l’Iran le 28 février 2026. Dans les jours qui suivent, plusieurs assureurs envoient des avis de résiliation pour les primes de risque de guerre couvrant les navires transitant par le détroit, le temps de réévaluer puis rétablir cette couverture à des conditions ajustées. Ces avis ne mettent pas nécessairement fin à la couverture : l’assurance de guerre reste disponible pour les armateurs qui souhaitent y souscrire.

Un point mérite d’être souligné : selon des responsables du marché londonien, premier marché mondial de l’assurance maritime, les capitaines évitent la route avant tout pour protéger leurs équipages, et non parce qu’ils ne peuvent plus s’assurer.

Des primes multipliées par 60 en quelques semaines

L’ampleur de la hausse donne le vertige. Dans les 48 heures suivant les frappes du 28 février 2026, les primes de risque de guerre ont quintuplé, et les grands assureurs ont résilié leurs couvertures existantes pour proposer des remplacements à environ 60 fois les tarifs d’avant-crise.

Un courtier spécialisé du marché londonien, cité par l’AFP, précise que ces tarifs oscillent désormais entre 3,5% et 10% de la valeur du navire, contre moins de 1% avant le conflit. Il résume la volatilité du marché en une formule frappante : « Cela bouge presque d’heure en heure ». D’autres estimations évoquent une hausse de 2% à près de 3% de la valeur des navires, avec un risque de grimper jusqu’à 5% si la situation continue de se dégrader.

Prime risque de guerre navire détroit d'Ormuz 2026

Le prix réel d’un passage dans le détroit

Ces pourcentages prennent tout leur sens rapportés à la valeur réelle des navires. Un méthanier neuf peut valoir à lui seul entre 200 et 250 millions de dollars, et sa cargaison peut valoir la même somme. Autrement dit, l’assurance de guerre pour un seul passage dans le détroit d’Ormuz peut désormais représenter plusieurs dizaines de millions de dollars, avant même de compter l’assurance cargo, qui a suivi la même trajectoire haussière.

Contourner, payer… ou suspendre les traversées

Face à cette flambée, les armateurs n’ont que de mauvaises options. Certains choisissent de contourner la zone, ce qui allonge les délais et pose des défis juridiques complexes sur la continuité de la garantie durant le voyage prolongé. Mais les routes alternatives ne sont pas non plus sans risque : en mars 2026, des frappes de drones ont visé les ports omanais de Duqm et Salalah, endommagés notamment au niveau de leurs réservoirs de carburant, alors même que ces ports servaient de contournement au détroit.

La situation a atteint un tel niveau de tension que plusieurs assureurs spécialisés dans les risques de guerre recommandent désormais aux armateurs de suspendre temporairement leurs traversées du détroit d’Ormuz, jugeant les risques pour les équipages trop élevés.

La riposte iranienne : une assurance maritime réglée en Bitcoin

Face à la mainmise du marché occidental sur la couverture des navires, l’Iran a lancé sa propre contre-offensive : une plateforme d’assurance maritime réglée en cryptomonnaie. L’initiative se heurte toutefois à des limites concrètes. Les critères d’éligibilité restreignent l’accès aux navires dont les cargaisons sont destinées au marché américain, et les armateurs européens et asiatiques restent le plus souvent exclus ou mal couverts par ce dispositif.

Tanker cargaison valeur assurance détroit d'Ormuz

Ce qu’il faut retenir

L’assurance maritime au détroit d’Ormuz illustre une réalité nouvelle du commerce international : la géopolitique se joue désormais autant sur les marchés de l’assurance que sur le terrain militaire. Sans qu’un seul tanker n’ait été coulé, les assureurs ont réussi, à eux seuls, à rendre le passage économiquement dissuasif pour une large partie de la flotte mondiale. Un cas d’étude incontournable pour comprendre les nouveaux rapports de force dans le transport maritime.

Sources : AFP / Marine & Océans, L’Assurance en Mouvement, Ici Beyrouth

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